RÉFLEXIONCULTURE

Réflexion contrariée sur le mot « afro-caribéen »

Afro-caribéen.

J’ai plusieurs fois lu ce mot en pensant qu’il était davantage « caribéen » qu’« afro », puis je suis allé·e dans un restaurant, dans l’Hexagone, se qualifiant ainsi.

Loin de ma patrie, exilé·e à cause de mes études, je me sentais totalement déraciné·e... Je voulais ressentir les odeurs de chez moi. Goûter de nouveau à des plats qui ne me donnent pas envie de crever. Et au final, j’ai été surpris·e par le menu proposé à la carte :

● Mafé
● Attiéké
● Poisson frit
● Riz djondjon

C’est sûrement le riz djondjon qui a rendu soudainement ce restaurant caribéen.

Alors je me suis demandé : qu’est-ce qu’on peut qualifier d’afro-caribéen ?

Pour moi, les Afro-Caribéen·ne·s sont les descendant·e·s des personnes noires mises en esclavage qui ont été déportées dans les Caraïbes ET DONC, ces personnes noires SONT caribéennes.

Pour ce restaurant, ce terme signifiait noir et caribéen, mais séparés, segmentés. Comme si noir, c’était l’Afrique et que le caribéen, c’était la touche d’exotisme ajoutée en plus sur le côté, au coin de la pièce, pour la décoration. Parce que bien sûr, tou·te·s les Noir·e·s ont la même culture, les mêmes plats et mangent tou·te·s du mafé, et n’ont absolument pas besoin d’un colombo de kabrit.

On ne dirait pas d’un·e Afro-Américain·e qu’iel est Africain·e et Américain·e, mais qu’iel est Noir·e et Américain·e. Ce que je veux dire, c’est que Noir n’est pas africain. Et qu’Africain n’est pas noir (par exemple, les personnes maghrébines). Car OUI, pour MOI, les Caribéen·ne·s ne sont pas Africain·e·s, iels sont Caribéen·ne·s.

La culture caribéenne a le droit d’exister et de s’émanciper sans l’œil paternaliste de l’Afrique et de l’Europe. Et tant qu’on voudra la rattacher à l’un ou à l’autre, comme si on devait choisir entre papa et maman, on ne pourra faire peuple.

Vous devez penser que je suis en train de tout whippin pour un restaurant, mais mon propos est bien plus profond. L’identité est une chose très importante, les mots sont des choses très importantes. Et tant qu’on laissera tout le monde utiliser notre identité, définir à notre place notre identité, nous serons perdu·e·s.

Il n’y a pas de fin à ce texte, juste de la colère, car je n’ai pas pu me sentir chez moi en tant que Caribéen·ne dans un restaurant se désignant comme caribéen.

Les opinions exprimées dans cette publication appartiennent exclusivement à son auteur.
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